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En route vers la santé mentale - Portrait de la GRC

En route vers la santé mentale - Portrait de la GRC

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Publié le 20 July 2020

En route vers la santé mentale

En déroute l’image d’invincibilité   

Dans une organisation policière comme la Gendarmerie royale du Canada, qui a pour mandat de « veiller à la sécurité du pays sur tous les plans, des catastrophes naturelles aux crimes et au terrorisme », la force, le courage, la puissance, l’invincibilité font partie des fondements de l’histoire centenaire de l’institution. Parler de santé mentale dans un tel contexte, lui accorder de l’importance tout comme à la santé physique c’est ouvrir de nouvelles portes et déjouer l’invincibilité.

Le programme En route vers la santé mentale

Il y a une dizaine d’années, la GRC mettait en place, dans toutes ses divisions à travers le Canada, le programme En route vers la santé mentale, qui allait avoir pour buts d’informer, d’outiller et de sensibiliser son personnel sur la santé mentale. Une formation de base allait en constituer la pierre angulaire, à laquelle s’ajouteraient d’autres ressources ou outils selon les réalités en cours.

Informer de ce qu’est la santé mentale, de ce que l’on peut faire pour la nourrir, l’entretenir, la développer, lui redonner de l’élan quand elle vacille. Reconnaitre les types de stress qui peuvent nuire de façon plus ou moins grave à la santé mentale. Présenter des témoignages vidéo de membres de l’organisation qui font le récit d’une expérience éprouvante et de leur cheminement pour reprendre pied. De tels récits touchent particulièrement les employé·es qui se reconnaissent et s’identifient à leurs collègues. Ce sont leurs proches, la situation qu’ils ou elles ont vécue pourrait être la leur.

Dans un témoignage vidéo présenté lors de la formation, un haut gradé sur le point de quitter les rangs pour prendre sa retraite partage ce qu’il a vécu : « Après tant d’années, la porte du placard s’est brusquement ouverte et ne s’est plus refermée. Tout le cumul des années, tout le trop-plein d’émotions vécues s’est mis à se déverser. » Il a consulté le psychologue et découvert qu’il souffrait depuis nombre d’années d’un trouble de stress post-traumatique, un TSPT.

Outiller les employé·es pour que les un.es comme les autres reconnaissent l’état de leur santé mentale et celle de leurs collègues, les signes qui leur parlent de leur état et de leurs besoins, qui leur donnent des pistes pour agir.

D’autres vidéos sont aussi présentées, qui portent sur différents sujets. Par exemple :

• la neuroplasticité, cette « aptitude qu’ont nos neurones de se transformer et réorganiser leurs connexions pour s’adapter à des modifications de leur environnement »;

• des techniques d’organisation de vie simples et faciles à mettre en pratique (définition de ses objectifs et priorités à court, moyen et long terme; moyens de les poursuivre malgré des situations critiques ou délicates traversées;

• la visualisation, le monologue intérieur et ses effets sur le cerveau selon qu’il est positif ou négatif.

Sensibiliser aux méfaits des idées préconçues, des jugements, des tabous, encore trop présents dans les rangs de l’organisation. Ils génèrent des peurs tant chez la personne jugée que chez celle qui juge : peur d’être mal vue, d’être barrée de toute promotion, d’être tablettée, rejetée ou exclue.

« Il y a quatre ou cinq ans encore, si on avait demandé aux participant·es, en cours de formation : “Levez la main, celles et ceux qui ont vécu un problème de santé mentale”, personne n’aurait bougé, on aurait entendu une mouche voler. Aujourd’hui, plusieurs mains se lèvent. »

Dans une optique de formation continue, le programme vise à favoriser le mieux-être des membres et à renforcer l’organisation. Les connaissances acquises et les interactions suscitées à travers les différents moyens créés par l’organisation les incitent à mieux se connaitre, à s’interroger sur leurs manières d’être et de percevoir, à profiter des ressources mises à leur disposition pour entretenir, développer ou ragaillardir leur résilience, et à porter attention à soi comme à son entourage. 

Le programme offre enfin des occasions de parler de santé mentale dans les rangs, de garder le sujet vivant.

Une formation d’un océan à l’autre

La formation doit être suivie par tous les membres de la GRC à travers le pays. Elle s’adresse aux employé·es et aux gestionnaires. Elle est, dans certaines divisions, une rampe de lancement pour le développement d’autres ressources ou outils plus spécifiques adaptés aux besoins ou attentes exprimées par les membres.

La formation est particulièrement importante pour les jeunes recrues qui, pour la première fois de leur vie, feront face à des situations auxquelles l’ensemble de la population ne sera jamais confrontée. Devoir descendre dans un sous-sol pour s’occuper d’une personne qui s’est enlevé la vie, par exemple, ou se rendre sur une scène de violence conjugale bouleverse quiconque le vit, raison de plus les jeunes qui en sont à leurs premières armes. D’où la pertinence de donner des outils pour traverser au mieux de telles situations et de recommander avec insistance d’en parler sans tarder pour évacuer l’état de perturbation susceptible de les habiter.      

Parallèlement à l’équipe responsable du programme, des coordonnatrices et coordonnateurs locaux s’engagent bénévolement en prenant le pouls de leurs unités respectives, en écoutant leurs pairs, en les mettant au courant des ressources et des évènements heureux qui se sont produits, de même qu’en travaillant avec les gestionnaires et le coordonnateur du programme qu’ils informent de la situation dans les unités.  

Le psychologue divisionnaire accompagne le coordonnateur du programme à la formation, répond aux questions, complète l’information transmise. Il reçoit les employé·es pour des consultations ou pour une orientation vers des ressources externes.

Le thermomètre de la santé mentale

Le continuum de la santé mentale, un outil facile à utiliser, est présenté lors de la formation. Il s’agit d’un tableau où figure la ligne de la santé mentale allant du vert (changements d’humeur normaux, attitude positive, bon rendement, pratique d’activités physiques et sociales, etc.), au rouge (dépression, pensées suicidaires, incapacité à exécuter des tâches ou à se concentrer, isolement à la maison, toxicomanie, etc.) en passant par le jaune (irritabilité, émotivité, insomnie, diminution des activités, consommation régulière mais contrôlée d’alcool ou de drogues, etc.) et l’orange (colère, désespoir, attitude négative, repli sur soi, consommation d’alcool ou de drogues difficile à contrôler, etc.).

On l’affiche sur le mur du bureau ou dans l’ordinateur. Sa présence incite les personnes à réfléchir à leur humeur, à évaluer leur état. De plus, l’outil peut déclencher une conversation plus intime avec un.e collègue, un.e membre de la famille, des proches. Le continuum est devenu une référence. Il ouvre la porte à la conversation, au soutien, à l’action, à la recherche de solutions.

Le programme, on le constate, change les mentalités. Jusqu’à il y a peu, on pensait que la dépression était un handicap que l’on avait pour la vie. Aujourd’hui, on sait que la plupart des personnes qui ont été dans l’orange ou le rouge pourront revenir dans le vert et vivre une croissance post-traumatique.

Un ouvrage en évolution continue

La GRC semble avoir entrepris de pied ferme un travail de longue haleine et en profondeur sur la santé mentale. Sa spécificité : parler de la prévention et de la maladie mentale. Et briser les tabous afin d’améliorer le bien-être de toutes et de tous.

Bonne route à En route!

 

« Pas à pas, jour après jour, déconstruire les préjugés et les tabous enracinés dans notre histoire et nos façons de voir. »

 

 

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Dans le cadre de son partenariat avec le Groupe entreprises en santé, le Mouvement Santé mentale Québec rédige des portraits d'entreprises ayant une approche innovante et bienveillante pour prendre soin de la santé mentale de leurs équipes de travail.

Portraits d’organisations — La GRC

 

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